Le VLCC NORMANDIE, de la S.F.T.P., 1971 - 1984

En avril 1972, alors que j'étais Second Capitaine sur d'autres navires depuis près de deux ans, la compagnie me fit embarquer sur le dernier né de la flotte, en fin de construction, mais comme lieutenant ! Je devais reprendre les fonctions de Second au retour du premier voyage. Le "Normandie", 240.000 TPL, 334 m de long, faisait partie d'une série de quatre navires construit à La Ciotat en 1972, deux pour BP, deux pour la SFTP. Un bateau difficile à aimer tellement il avait de défauts.
Les chantiers de La Ciotat n'avaient vraiment pas signé un chef d'oeuvre avec ce navire. A vitesse normale les vibrations étaient tellement importantes que tout cassait à bord, il était impossible d'écrire, le couvert mis sur les tables se retrouvait par terre en quelques minutes. On ralentissait une heure le dimanche pour pouvoir faire le courrier ou se reposer un peu. Les malfaçons étaient inombrables, plus de trois cents faisant l'objet d'un PV de garantie. J'avais même trouvé un rondin plein à la place d'un tuyau sur le circuit de gaz inerte, il faut le faire. Très forts à La Ciotat!
Il s'agissait d'un "turbinard", avec deux grosses chaudières, et la mise en service avait été très laborieuse. Les ingénieurs s'arrachaient les cheveux sans parvenir à mettre au point les automatimes de conduite des chaudières. Elles fumaient tellement qu'il fallut évacuer La Ciotat, les habitants ne supportant plus la pollution par les fumées. Le navire fut amené à Marseille où il passa une bonne quinzaine de jours amarré à la jetée.
Il n'y a pas beaucoup de tuyaux sur le pont. Le navire avait été mis en service sans lavage au brut, qu'il fallut installer plus tard. Le gaz inerte, lui, était fort heureusement d'origine
On voit bien les deux cheminées encastrées dans les logements, pour un inconfort maximum de l'équipage. Chauffage central dans les cabines !!!
Le lieutenant pose devant la bête !
Là les signaux de fumée sont normaux, il s'agit du ramonage journalier à la mer. Les quantités de suie à évacuer étaient importantes.
Débordement volontaire de ballast propre sur le pont. Les tuyaux de cargaison font 800 mm de diamètre, avec réduction à 400 mm aux bouches. Il y avait tellement d'ennuis de vannes que j'avais pris l'habitude de ramper à l'intérieur des tuyaux, de babord à tribord, pour les inspecter avant chargement
Premier chargement à Mina-al-Ahmadi, nous pensions être sur un gros navire, mais nous étions le plus petit des quatre chargeant ensemble à "sea island" ce jour là. Cadence de chargement 20.000 T/h
Cette passagère, de taille normale, donne une idée de la taille des guindeaux.
Au Cap des Aiguilles nous croisons un petit pétrolier, environ 20.000 tonnes , qui ressemble à un jouet dans cette mer un peu formée.
Le Normandie naviguait "comme une louche", embarquant les paquets de mer maximum.
Dernier coup d'oeil au navire en débarquant sur rade de Dubaï après chargement.
Sans regrets!

En 1978, j'étais de nouveau Second capitaine. Au cours d'un voyage Golfe persique - Taïwan, nous avions recueilli 56 "boat people" au large du Viet Nam. Arrivés à Kaohshiung, notre port de déchargement, le Commandant m'avait envoyé en mission à terre pour m'occuper des formalités de débarquement de nos passagers.
Le navire déchargeait sur "sea line". Un coup de vent brutal obligea à débrancher en catastrophe, un peu de brut s'écoula et une bride d'acier, en raclant sur la gatte, provoqua des étincelles qui suffirent à enflammer le produit. Je revins donc à bord pour constater les dégâts, alors que cela aurait dû être ma responsabilité de gérer l'incident. Finalement seule la peinture avait brûlé, et la coupée en aluminium était foutue, mais l'alerte avait été chaude. 

Revendu en 1983, il a pris le nom de Normand, il suffisait d'enlever deux lettres, et il a fini à la casse à Pusan en 1984
Le "Normandie", sur ballast en Manche. Je ne connais pas l'année mais ce n'est plus la couleur de coque du neuvage. Le "gris danois" de la SFTP est devenu orange. 
L' "Aquitaine", sister-ship du Normandie, en transit dans le canal de Suez. On voit la rive désertique, coté Sinaï, et une station de signaux.