Certes, la France n’a pas de tradition maritime aussi
vigoureuse et aussi exclusive que celles des Pays-Bas ou de la Grande-Bretagne
; certes, elle a été une puissance engagée sur le
continent et une colonisatrice tardive, mais comment croire qu’elle
ait vécu sans la mer et que la mer n’ait pas modelé
ses campagnes et ses villes, ses échanges commerciaux, ses circuits
financiers, ses flux migratoires, ses modes de vie, ses questionnements
intellectuels, ses goûts artistiques comme culinaires, bref son
mode d’être comme nation et comme Etat depuis au moins le
XIIIe siècle ?
Ce pays est à cet égard servi par la géographie,
qui fait de lui un lien entre le Levant et le Ponant et l’a doté
de plus de 5 000 km de côtes ; aucun lieu de France ne
se trouve à plus de 400 km de la mer et ses DOM-TOM lui confèrent
le troisième domaine maritime du monde. Jamais les populations
du littoral n’ont été coupées de l’intérieur
; depuis des siècles, la viticulture, la sylviculture, l’industrie
travaillent avec et pour la mer et les horizons lointains.