Chargement d'un sous marin à bord du FAIRPARTNER
(Hervé Cozanet - octobre 2011)

Jumbo Shipping est une compagnie néerlandaise fondée en 1968, spécialisée dans le transport de colis lourds. Sa flotte comporte douze navires, dont les quatre plus gros, les FAIRPARTNER, FAIRPLAYER, JUMBO JAVELIN, et JUMBO JUBILEE forment la J1800 Class, qui comme le nom l'indique peuvent embarquer des charges de 1 800 tonnes. Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de voir au travail le Fairplayer, à Fos, à Saint Nazaire et à Sète. Cette fois ci c'est le FAIRPARTNER qui est venu à Brest pour un chargement exceptionnel.

Le Porteur


Saint Nazaire 2006 - Photo Christian Plagué

 

Sa cargaison : Le sous-marin Ouessant, vu ici en rade de Brest, et les deux "multicats" arrivant, l'un de Rotterdam, l'autre d'Ecosse.


Brest 2005 - Photo Yannick Le Bris


Fiona F - Photo Michel Floch

Iiona M - Photo Michel Floch
L'opération consistait à mettre en cale un sous-marin pesant environ 1 100 tonnes. Le OUESSANT, dernier sous-marin à moteur diesel français, avait été mis en service en 1976. De 2005 à 2009 il avait servi à la formation d'équipages malaisiens, et maintenant il a été cédé à la Malaisie qui veut en faire un musée. C'était une première pour Jumbo Shipping et il a fallu des études et une préparation soigneuse. "Petit" complément de cargaison à cette occasion, deux multicats à mettre en pontée.
Caractéristiques principales du Fairpartner :
IMO 9243849 - 144,21 x 26,60 x 14,10 m - TE 7,50 m/8,10 m- JB 15 022 - PL 11 281 / 13 262 t - P totale 8 640 kW (2 MAN 9L32/40, 2 hélices) - V 17 nds   Caractéristiques complètes

     
Arrivé le vendredi 7 octobre de Rotterdam, le Fairpartner s'est accosté au 3ème éperon pour préparer le chargement. Le samedi donc, quand je suis allé à bord, les énormes panneaux de cale avaient été posés à terre. Ils peuvent flotter mais c'était plus simple que de les mettre à l'eau et de les arrimer dans un bassin de taille modeste. J'ai été accueilli à la passerelle par le sympathique Second capitaine, Barry Ten Brinke, qui surveillait de haut les opérations. L'agent M. Yann Caradec était là pour coordonner les intervenants.
Un des palonniers doit être retourné haut en bas. Il s'agit d'une poutre qui ne pèse pas moins de 40 tonnes, qui porte une série de points d'accrochage pour les élingues. Dans la cale les deux bers sont prêts. Ils serviront à soutenir le sous marin sous une assez grande longueur de quille, comme une ligne de tins, pour le hissage. Il a fallu les concevoir et les faire fabriquer spécialement pour ce transport.
  Les grues sont radio-commandées au moyen d'un petit boitier.
Cela permet aux opérateurs de se déplacer facilement.
Toute la manutention a été soigneusement programmée par Jumbo Shipping. Les phases successives sont représentées sur une série de plans, mentionnant tous les détails avec précision. Aucune place pour l'improvisation.
A 11 heures les préparatifs sont terminés et le navire change de poste. Il rejoint le sixième bassin pour s'amarrer à l'appontement huiles végétales où se fera le chargement.
Dimanche matin le sous-marin arrive, amené par trois embarcations de la Marine. Il arbore joyeusement le pavillon de Malaisie (photos Jacques Carney).
Les dimensions hors tout du "colis" sont 67,6 x 7,5 x 12,3 m, le poids 1 100 tonnes.
La grue avant amène dans l'eau le ber où devra reposer l'avant du sous-marin.
On voit que l'attelage comporte trois palonniers pesant 80 tonnes, avec les élingues et le ber on atteint environ 250 tonnes. Le sous-marin est guidé délicatement en position.
Des plongeurs s'assurent qu'il repose parfaitement sur son support et ajustent des coins de bois,
puis la grue tend son câble de levage jusqu'à soulever très légèrement la charge, juste assez pour bien l'immobiliser.
 
La grue arrière entre ensuite en action et sort de la cale le ber arrière. Il est amené et glissé par l'arrière à sa position, avec l'aide des lamaneurs,
et toujours sous la surveillance des plongeurs.
Une fois tout bien en place, les deux grues tendent leur câble, les lamaneurs quittent les lieux, et le levage peut commencer. Tout le personnel qui n'est pas impliqué dans la manœuvre quitte le navire. Le Commandant pilote la grue avant et dirige l'ensemble, le Second capitaine pilote la grue arrière, un lieutenant règle le ballastage depuis la passerelle.
 
Au cours du hissage on ne tolère pas une gîte supérieure à 1°. Si cette valeur est atteinte on attend que la ballastage ait rattrapé. Celui ci est assuré par trois pompes de 700 t/h chacune. En plus des capacités de ballast normales, quand la charge dépasse 1 000 tonnes un ou deux caissons stabilisateus sont utilisés. Cette fois ci un seul caisson a été mis à bâbord arrière, en contre-poids.
 
 
Comme le colis est plus long que l'espace disponible entre les grues, il faut toute une manœuvre délicate pour le faire passer en biais. La position a été minutieusement calculée, le plan mentionne qu'il faut démonter auparavant un petit élément de bastingage pour donner à l'hélice une marge minimum de dix centimètres. On imagine qu'il faut des véritables "pros" pour coordonner aussi précisément les mouvements.
Le hissage a été observé par beaucoup de photographes, les photos avec suffixe ALR sont de notre ami Antoine Le Ray.
De son coté François Guiganton observait de loin et nous donne le film complet du hissage sous un autre angle ici.
       
   
Lundi le Fairpartner revient au 3ème éperon, et les deux multicats viennent s'amarrer à couple. L'un est arrivé de Rotterdam, l'autre d'Ecosse, par leurs propres moyens. Le comportement à la mer doit être éprouvant. Tous deux battent pavillon écossais, ils font partie de la flotte de Gareloch Support Services. Ils doivent rejoindre la Nouvelle Guinée pour un nouveau contrat de travail sur un site offshore. Ils feront le voyage jusqu'à Singapour sur le pont du Fairpartner. Deux beaux outils tout neufs, servis par une bande sympathique.
 
 
 
IONA M (Greenock) MO 9621376 - Navire de service - 23,95x9,54x3,10 m - TE 2,10 m - JB 135 - PL 187 t - P totale 1 014 kW (2 Cummins QSK19-M, 2 hélices) - V 9 nds
Constr 2011 par Neptunus, Aalst (Pays Bas) - Propr/Gérant/Oper Gareloch Support Services (Ecosse) - Pav Ecosse
FIONA F (Greenock) IMO 9600475 - Navire de service - 25,90x11,00x3,50 m - TE 2,61 m - JB 218 - PL ... - P totale 1 836 kW (2 Caterpillar C32ACERT, 2 hélices) - V 10 nds
Constr 2011 par Neptunus, Aalst (Pays Bas) - Gérant/Oper Gareloch Support Services (Ecosse) - Pav Ecosse
Mardi on termine le saisissage du Ouessant. Ce n'est pas une mince affaire. Là non plus rien n'est laissé au hasard, pas d'improvisation, mais un plan détaillé très complet. Le fond de cale comporte quelques anneaux, mais il a fallu souder en plus des dizaines de patins en acier pour maniller tous les fils d'acier. On en compte vingt transversaux, qui font le tour complet de la coque, deux nappes de huit, plus deux à l'avant et deux à l'arrière. Dix neuf autres sont en biais, tirant soit vers l'avant, soit vers l'arrière, sous un angle de 30° environ avec le fond de cale . Le Commandant Robert Breene garde un œil attentif sur le travail.
 
Le kiosque du sous-marin est trop haut d'un dizaine de cm pour pouvoir mettre le panneau de cale à cet endroit. Mais le Fairpartner est conçu pour pouvoir naviguer pont ouvert, avec un tirant d'eau moindre que pont fermé.

Le jeudi 13 l'embarquement des multicats se termine, François Guiganton fait preuve encore un fois d'une patience remarquable. Le IONA M est déja arrimé sur le pont avant bâbord, le plus gros, FIONA F, est sorti de l'eau. Après le sous-marin l'opération paraît banale, mais il s'agit quand même d'un colis de 350 tonnes environ. Il est posé sur le pont à tribord arrière. Il est saisi sur le panneau de cale qui n'a pas été fermé à cause du kiosque du sou-marin. Pour un saisissage parfaitement sur, des goussets importants sont d'abord soudés par l'équipage. La mission se termine et les officiers font une pause café très décontractée à la passerelle. On est en France et ils en ont profité pendant leur séjour pour accompagner le café de croissants et pains au chocolat !

Vendredi 14, le Fairpartner quitte Brest, sous l'objectif de Michel Floch. Il va à Rotterdam charger encore une barge, avant d'aller livrer ses colis en Inde et à Singapour. Il sort du goulet par beau temps et mer calme, nous lui en souhaitons autant pour son long voyage.
Je remercie sincèrement Jumbo Shipping pour l'autorisation de reportage,
le Commandant Robert Breene et le Second Barry Ten Brinke pour leur accueil chaleureux.

Je remercie aussi mes amis photographes Jacques Carney, Michel Floch, François Guiganton et Antoine Le Ray qui m'ont permis de compléter cette page.
Bravo pour leur talent et leur patience.

 

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